Midos*, 23 ans, est originaire de Gafsa au sud de la Tunisie. Il raconte comment il a participé à la révolution dans son pays et quel avenir il envisage.
Où étais-tu au moment où les premiers mouvements de rébellion ont commencé ?
Fin 2010, lorsque les premières manifestations ont eu lieu, j’étais aux Etats-Unis et j’ai observé ce qui se passait comme tous les Tunisiens vivant à l’étranger. Le 20 décembre, un ami qui vit aux Pays-Bas m’a invité dans un groupe secret sur Facebook qui s’appelle « Al’Ahrar », ce qui signifie en arabe « les libres ». On travaille en réseau bien déterminé, chacun a des thèmes et on essaye de partager les vidéos, les photos et nos articles. Le groupe est composé de 50 personnes. 30% sont des Tunisiens vivant en Tunisie et 70% sont des Tunisiens installés à l’étranger. Le but est de réveiller les autres Tunisiens. Le 7 janvier, je suis rentré en Tunisie car c’était important pour moi de rentrer au pays et de participer à la révolution, c’est pourquoi je me suis investi sur place.
Qu’as-tu fait, par exemple ?
Avec le groupe Facebook, j’ai organisé le sit-in du « Casbah » à Tunis. C’était bizarre, car on ne se connaissait pas avec ces personnes, on ne se parlait que sur Facebook, avec des pseudonymes.
Quelles étaient tes motivations et celles des autres manifestants ?
J’aime mon pays et ayant vécu aux Etats-Unis, je sais ce que c’est la démocratie. J’avais envie de vivre la même chose chez moi en Tunisie. Le peuple s’est révolté contre Ben Ali parce qu’il n’en pouvait plus de vivre sous ce régime. Il y a des gens très pauvres, sans travail. Il leur manquait aussi la dignité. C’est pour cela que depuis 2008 des mouvements de révolte émergeaient un peu partout.

As-tu participé aux élections ? Penses-tu que cela va changer les choses ?
Oui j’ai voté aux élections. Je suis persuadé qu’elles vont permettre de faire changer le pays. Ce n’est pas au pays de se prendre en main mais à nous la jeunesse, la population tunisienne de s’investir pour faire ce qu’on en veut. La Tunisie va changer et en bien je suis sûr. C’est pour cela que je me suis investi dans l’association Tunisie Solidaire (avec laquelle le CCFD-Terre solidaire travaille, ndlr).
Laure Salamon
Un premier blog en 2008
Passionné d’informatique, Midos étudiait aux Etats-Unis à l’Université de Columbia lorsqu’en février 2008, à Redeyef, ont lieu les premières manifestations en faveur du droit au travail et de la dignité. Il collecte des informations et écrit sur un blog pendant sept mois. Par la suite, il met des messages de commentaires de façon anonyme.
*Midos préfère témoigner de manière anonyme.