L’Espagne est devenue championne du monde le 11 juillet 2010 en Afrique du Sud. Une fois l’euphorie retombée, quel est le bilan de cette première Coupe du Monde de football sur le sol africain, notamment pour les populations défavorisées ?
SEPTEMBRE 2010
Les attentes étaient grandes du côté des Sud-Africains pour l’organisation de ce Mondial de football qui s’est déroulé sur leur sol du 11 juin au 11 juillet 2010, notamment pour les 43 % de la population vivant avec moins de deux dollars par jour (1,5 euro). Des petits commerçants ont investi dans de l’artisanat (paniers en osier, masque…) pour les vendre aux touristes. Mais la FIFA a réglementé les accès aux stades en interdisant aux vendeurs d’offrir d’autres produits que ceux labellisés FIFA. Les retombées économiques (gains) pour la FIFA sont estimées entre 600 et 900 millions d’euros pour la période 2007-2010 et seront réparties entre les organisations nationales, les équipes, les joueurs…
Remontée du chômage
L’Afrique du sud a investi près de 5 milliards d’euros pour la Coupe du Monde. Fin juillet, le ministre des finances sud-africain, Pravin Gordhan, annonçait que le pays allait enregistrer un point de croissance supplémentaire grâce au Mondial. L’image du pays s’est améliorée, ce qui pourrait, à moyen et à long terme, attirer des investisseurs étrangers, relancer le tourisme… Mais les travailleurs qui avaient trouvé un emploi grâce à l’événement sportif risquent de le perdre. Le groupe de réflexion The Elders, rassemblant d’anciens chefs d’Etat ou de personnalité comme Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU ou Graca Machel, femme de Nelson Mandela, craignent qu’en raison de cette remontée du chômage et de la rancœur vécue dans les quartiers pauvres, une vague de violence resurgisse à l’encontre des étrangers installés sur le sol sud-africains. Comme cela avait été le cas en 2008, les frustrations économiques avaient alimenté un déchaînement de violences envers les étrangers originaires du Zimbabwe, de République Démocratique du Congo…
Laure Salamon
Trois questions à Michael Brand, directeur de Tembeka, compagnie sud-africaine d’investissement social, partenaire du CCFD-Terre Solidaire.
Qu’est-ce que cette Coupe du monde a apporté à la population ?
Elle a offert aux gens un sentiment de bien-être, de fierté de leur pays, de leur drapeau et des autres symboles présentés au monde entier. La Coupe du Monde a donné l’opportunité à ceux qui se cachaient derrière des préjugés de rencontrer et de parler avec leurs concitoyens. Pour certains, l’événement sportif a permis à des blancs et à des noirs de se parler pour la première fois.
Quelles sont les retombées que vous avez constatées ?
Le pays a construit de nouvelles infrastructures. J’ai contacté un petit entrepreneur, une semaine après le Mondial qui m’a expliqué que 38 de ses travailleurs étaient en passe de perdre leur emploi car l’entreprise n’a pas signé de nouveaux contrats. Les emplois créés ne sont pas durables. Les stades ne sont pas utilisés depuis la fin de la Coupe du Monde, et les emplois liés à leurs fonctionnements ne seront sans doute pas maintenus longtemps. Est-ce qu’on sera capable d’utiliser ces stades durablement ? Qu’est-ce que le gouvernement va proposer comme mesures durables ? C’est là que se situe le problème.
Est-ce que cette Coupe du Monde a été une chance pour tous ?
Non. Je ne crois pas. Elle a été une bouffé d’air et de fierté pour les Sud-Africains mais n’a pas résolu les déséquilibres existants. Le pays s’intéresse à un petit nombre de personnes (les riches) et ne se préoccupe pas de la majorité qui est plutôt pauvre. Par exemple, notre ministre de la Santé vantait récemment, au monde entier, les performances de notre système de santé, mais ce n’est pas de cela dont nous avons besoin, mais plutôt d’un système de soins de santé primaire pour toute la population. Tant que ce déséquilibre perdurera, l’Afrique du Sud ne pourra pas aller mieux.
Propos recueillis par L. S.