Trois questions à Mathilde Dupré, chargée de mission au CCFD-Terre solidaire sur les paradis fiscaux
Qu’est-ce qu’un paradis fiscal ?
C’est un territoire qui sert de cachette pour des activités illégales, notamment parce qu’il refuse de coopérer avec les services des impôts, de la justice et des gendarmes financiers des autres pays (l’argent qui y est déposé n’est pas « déclaré »). Les principaux clients de ces territoires sont les banques et les entreprises multinationales qui y déplacent artificiellement l’argent qu’elles ont gagné ailleurs pour ne pas payer d’impôts dans leur pays. Les hommes politiques corrompus, les trafiquants d’armes ou de drogues et les riches qui veulent échapper à la justice et à l’impôt dans leur pays d’origine, y dissimulent aussi leurs économies. Les paradis fiscaux les plus connus sont de petites îles paradisiaques comme les îles Caïmans (qui appartiennent au Royaume-Uni) ou l’île Maurice. Mais il y a aussi des paradis fiscaux beaucoup plus proches de la France : la Suisse, le Luxembourg, Monaco et même la City (le quartier d’affaires) de Londres.
Pourquoi est-ce un problème ?
Cet argent aurait dû être taxé dans les pays où il a été créé. C’est donc un manque à gagner énorme pour les pays d’origine. Les pays du Sud perdent comme ça au moins 125 milliards d’euros chaque année. C’est 4 fois le montant nécessaire pour éradiquer la faim dans le monde ! C’est donc de l’argent qui manque cruellement à des États chaque année pour financer des écoles, des hôpitaux, des routes, aider les paysans, etc. et tous les autres services sociaux dont la population a besoin.
Comment lutter contre les paradis fiscaux ?
Pour aider l’argent à quitter les paradis fiscaux et à revenir à ceux qui en ont vraiment besoin, nous demandons aux entreprises d’être plus transparentes sur leurs activités. C’est-à-dire de nous expliquer exactement où elles sont présentes ? Ce qu’elles font ? Combien elles ont d’employés ? Combien elles gagnent dans chaque pays et combien d’impôts elles versent aux gouvernements ? On pourrait croire que ce sont des informations qui sont disponibles mais en réalité, les entreprises ne sont pas obligées de donner des réponses pour chaque pays. Or, avec ces chiffres, on pourrait mieux détecter leurs manipulations et les transferts de profits vers les paradis fiscaux. Cette transparence est donc fondamentale pour pouvoir combattre plus efficacement la fraude et l’évasion fiscales.
Propos recueillis par Stéphanie Lelong.

La campagne du CCFD-Terre solidaire Aidons l’argent
Avec la campagne Aidons l’Argent, le CCFD-Terre Solidaire essaie de sensibiliser les citoyens à ce problème majeur et de faire pression sur les dirigeants politiques pour qu’ils prennent de vraies décisions pendant les sommets du G20. Ainsi, une carte géante représentant les 475 000 cartes postales échangées pour libérer Monsieur Argent a été remise à Nicolas Sarkozy. Les citoyens peuvent agir concrètement en écrivant à leur banquier ou en interpellant les élus politiques des villes, de départements ou des régions pour leur demander d’exiger eux aussi plus de transparence de la part de leurs banques.