Le 23 janvier, c’est le nouvel an chinois. En cette année du dragon, le nombre de naissances risque d’augmenter car ce signe zodiacal est très populaire en Chine. Face à l’augmentation de naissances les années du dragon, des campagnes publiques d’information visent à décourager les parents à procréer. Cela risque encore de renforcer les discriminations entre les filles et les garçons. Dans ce pays, la naissance d’une fille est traditionnellement considérée comme un malheur.
« Les femmes soutiennent la moitié du ciel » a dit Mao Zedong, un des fondateurs de la République populaire de Chine. Le dirigeant communiste prônait l’égalité entre les hommes et les femmes. Dans les lois, les Chinoises ont des droits similaires aux hommes. Mais en pratique, les discriminations perdurent. Les femmes, contrairement aux garçons, sont une charge pour les familles. Traditionnellement, la naissance d’un garçon, qui transmet le nom de famille et prend en charge ses parents âgés, reste préférable à celle d’une fille. Les inégalités sont encore plus flagrantes à la campagne qu’en ville. À cause de la politique de l’enfant unique (lire encadré), l’annonce de la venue d’une fille entraîne encore souvent un avortement. Des petites filles sont abandonnées ou tuées à la naissance. Chaque année, des milliers d’enfants tombent dans les mains de trafiquants, selon les chiffres officiels chinois. Les petits garçons, eux, peuvent être victimes de rapts. Des familles sans enfants sont prêtes à payer cher pour avoir un héritier.
Certaines filles alimentent les réseaux de prostitution ou sont enlevées pour être vendues à des hommes qui ne trouvent pas d’épouse. Le phénomène des « secondes épouses », des femmes acceptant une relation stable avec des hommes déjà mariés mais fortunés qui les entretiennent, est aussi courant dans le pays. Des ONG, comme Chinese Human Right’s Defense, constatent ces dernières années une augmentation du nombre de prostituées, mais aussi de suicides féminins.
Fin 2011, un rapport de l’ONG China Labor Watch dénonçait les conditions de travail dans les usines de jouets (vendus en Occident). Salaires payés en retard, heures supplémentaires obligatoires, privation de jours de repos, amendes punitives, harcèlements sexuel et moral, utilisation de produits dangereux sans protection… Dans ces usines, les ouvriers sont principalement des ouvrières. Ces pratiques sont également dénoncées par le collectif Ethique sur l’étiquette, qui dénonce les violations des droits de l’homme au travail : http://ethique-sur-etiquette.org
En Chine, les femmes ont des destins très variés. Nombreuses sont celles qui sont aussi parfaitement intégrées dans la société. Elles font des études, obtiennent de bons postes avec de bons salaires. Mais parmi ces dernières, certaines doivent rapidement choisir entre carrière professionnelle et famille. Bien qu’en situation de fort développement économique, la Chine voit les inégalités sociales se creuser de plus en plus. Et les femmes en sont les premières victimes.
Stéphanie Lelong
La politique de l’enfant unique
Pour limiter le nombre d’habitants en Chine, le gouvernement a mis en place en 1979 une « politique de l’enfant unique ». La plupart des familles ne sont pas autorisées à avoir plus d’un enfant. Sinon, elles doivent payer une amende, ne reçoivent pas d’aide pour l’éducation, etc. Conséquences graves : de nombreuses femmes se font stériliser ou avorter. Cela crée aussi un déséquilibre entre les sexes. En effet, la Chine compte officiellement 119 naissances de garçons pour 100 naissances de petites filles. Selon les rapports d’ONG, il manque entre 50 et 80 millions de femmes en Chine. Pourtant, le gouvernement a réaffirmé sa volonté de ne pas modifier cette politique familiale, qui doit rester en place au moins jusqu’en 2015.
Le savais-tu ?
Combien y a-t-il d’habitants en Chine ?
Réponse : 1,3 milliard.