À l’occasion de l’exposition Exhibitions, l’invention du Sauvage, au musée du quai Branly à Paris jusqu’en juillet 2012, Bouge ta planète a interrogé Patrick Lozès, 47 ans, candidat à l’élection présidentielle, qui a fait de la cause des noirs un combat politique.
Français par vos parents qui ont obtenu leur nationalité en vivant dans une colonie française, le Dahomey (devenu ensuite le Bénin), vous êtes arrivé en France à l’âge de 14 ans. Avez-vous des souvenirs de discriminations pendant votre adolescence ?
Oui ! Tous les samedis matins, notre professeur nous passait de la musique classique et nous demandait de décrire ce que cela nous évoquait. Mes copains étaient interrogés et moi jamais. Un jour, j’ai demandé un jour au prof pourquoi il ne m’interrogeait jamais. Il m’a répondu que cette musique n’était pas la mienne et que je n’avais rien à en dire. J’ai eu à ce moment le sentiment que le sol se dérobait sous mes pieds.
Après des études de pharmacie et de commerce, vous vous êtes engagé en politique. En 2005, vous avez fondé le Conseil représentatif des associations noires que vous avez présidé jusqu’en 2011. Pourquoi la politique vous a-t-elle attiré ?
J’ai toujours été préoccupé par la situation des populations noires en France. Minoritaires, elles ont le sentiment et sont aussi victimes d’actes concrets de discriminations (dans les domaines de l’emploi, du logement, des loisirs…). Tout comme les discriminations envers les femmes, les homosexuels ou les juifs, il faut en prendre conscience pour pouvoir les combattre. Il ne faut pas rester dans l’attitude de victimes. Pour moi, c’était essentiel d’expliquer que c’est du racisme à chaque situation d’intolérance. En général, les gens se rendent compte.
Dans votre programme, quelles mesures concernent l’immigration ?
La France est connue pour être la patrie des Droits de l’homme. Le gouvernement actuel n’est pas digne de notre histoire, car il instrumentalise la question des étrangers. Je souhaite revenir sur les dernières lois inacceptables. Ce n’est jamais facile pour un migrant de quitter son pays. Les migrants apportent beaucoup à la France. Ils prennent les emplois que les Français ne veulent pas, ils contribuent à la richesse nationale. Cela me paraît tellement injuste de faire croire aux Français que les étrangers leur piquent le travail alors que ce n’est pas vrai. La culture française s’enrichit aussi au contact de ses étrangers et ces derniers contribuent aussi au rayonnement de la France à l’étranger. Car en dehors de nos frontières, les gens aiment l’image de notre pays, les valeurs de liberté, égalité, fraternité… J’ai envie de me battre pour ces valeurs.
En 2005, vous avez créé le Conseil représentatif des associations noires (CRAN), pourquoi ?
Il manquait une structure pour aider à amener à la prise de conscience. La société française est passionnée d’égalité et souhaite combattre les inégalités. Pour cela, il faut les montrer, c’est le cas pour toutes les discriminations. Nous avons donc réuni dans ce conseil les associations qui estiment qu’il existe des inégalités voire des différences de traitement envers la population noire. D’ailleurs, dans ce conseil, il n’y a pas que des associations « noires » mais une multitude d’associations qui se sentent concernées par cette cause.

Pourquoi avez-vous choisi de vous présenter à l’élection présidentielle ?
Pas un seul candidat ne défend la mondialisation, le brassage culturel comme solution d’avenir. Beaucoup ne voit pas les avantages de la diversité de la France et de cette jeunesse française multiculturelle. Je suis le fruit de l’ascension sociale républicaine grâce aux bourses que j’ai obtenues pour étudier. Je voulais rendre un peu de ce que j’ai reçu en me présentant comme candidat pour servir mon pays. C’est pour moi un devoir d’aider et d’aimer son pays. Je travaille beaucoup avec les Etats-Unis : les Américains n’ont pas peur de dire qu’ils aiment leur pays. Il est temps que les Français qui viennent d’ailleurs puissent dire fièrement leur attachement et leur amour à la France et qu’ils s’engagent pour leur pays.
Propos recueillis par Laure Salamon.
Exposition Exhibitions, l’invention du sauvage : Jusqu’au 3 juin 2012, au Musée du Quai Branly, à Paris.
Voir le clip de présentation de l’exposition, par Lilian Thuram, commissaire général de cette exposition :http://www.youtube.com/watch?featur...