Le Petit Prince est un livre très connu, mais c’est aussi le nom d’un restaurant un peu particulier, situé dans un quartier dit sensible de La Seyne-sur-Mer (Var). Nadjet Benzohra en est la directrice depuis l’ouverture en 2001. Interview.
Comment est née l’idée de ce restaurant implanté dans un quartier dit sensible ?
Après mon arrivée en France, une assistante sociale m’a orientée vers l’association « Femmes dans la cité » dont le but est de construire du mieux vivre ensemble dans le quartier. Pour moi qui arrivais d’Algérie avec des diplômes, j’avais du mal à trouver du travail, je me disais que pour les femmes sans diplôme de la cité, c’était encore plus difficile. J’ai adhéré en 1994 à l’association. Partant du constat que ces femmes avaient un savoir-faire en cuisine mais pas de diplôme, on a commencé à monter ce projet de restaurant. De 1996 à 2001, c’était un atelier-cuisine. En 2001, on a enfin lancé le restaurant, grâce à des aides. C’était une entreprise d’insertion avec cinq femmes sous contrat. J’étais au début directrice bénévole.
Qu’a-t-elle de particulier cette structure ?
C’est une entreprise d’insertion, donc une structure qui appartient au secteur de l’économie sociale et solidaire (voir encadré). Nous recevons des aides de l’État pour les contrats en insertion, mais nous payons les impôts et les taxes comme n’importe quelles entreprises. Contrairement à des entreprises privées, l’objectif n’est pas de faire du profit en gagnant plein d’argent, mais de permettre à des femmes de travailler, de se former à un métier et à des gens de venir manger. Les femmes proposent la cuisine de leur pays d’origine. Les plats servis varient donc entre plat sénégalais, sri-lankais, malgache, algérien, marocain, ivoirien, vietnamien… Nous recevons des aides pour les emplois en insertion, à plein temps. Aujourd’hui, le restaurant emploie huit personnes dans ce cadre. Après deux ans, soit elles trouvent un travail, soit elles partent en formation. Les trois autres salariés sont en contrat à durée indéterminée (CDI), pour lesquels on ne reçoit pas d’aide.

Quelles sont les évolutions depuis l’ouverture en 2001 ?
Le Petit Prince est ouvert le midi seulement et fait office aussi de traiteur. En plus, nous accueillons des cours d’écriture et de danse orientale. Nous avons également acheté le dépôt de pain voisin, maintenant c’est une boulangerie qui fait travailler six personnes, et on a ouvert un second restaurant à Toulon avec quatre postes en insertion et un CDI.
Avec ce restaurant, vous prouvez qu’une autre forme d’économie est possible ?
On a créé des emplois, vingt-deux au total pour les deux restaurants et la boulangerie, tout cela à partir du savoir-faire de ces femmes ! Le but n’est pas de faire gagner de l’argent à l’entreprise mais bien de permettre à des gens de travailler et de maintenir ce projet sur du long terme.
Propos recueillis par Laure Salamon
Les différents secteurs de l’économie française
Le secteur privé regroupe des entreprises commerciales motivées par la recherche de gains et l’enrichissement personnel. Le secteur public, ce sont les structures détenues et administrées par l’État ou dont l’État détient au moins 51 % du capital. L’économie sociale et solidaire regroupe les entreprises et structures dont le but n’est pas l’enrichissement personnel, c’est ce qu’on appelle « à but non-lucratif ».