A quinze minutes à pied du centre ville de Saint-Ouen l’Aumône dans le Val d’Oise, une route un peu défoncée. De chaque côté de la route, des campements de caravanes de Roms venus de Roumanie, de Bulgarie... Jeanne, médiatrice pour l’Association pour l’Accueil des Voyageurs (ASAV 92), vient régulièrement rencontrer les femmes pour les aider dans les démarches administratives, sanitaires et médicales. Parlant le roumain, elle travaille dans cette association partenaire du CCFD-Terre solidaire depuis moins d’un an. Avec elle, nous avons rencontré Benjamin, Iasmina, Alina et Lamiitsa.
Benjamin, 11 ans, vit dans une caravane chauffée avec un poêle à bois qu’il partage avec ses parents et sa soeur, Iasmina, 13 ans, à Saint-Ouen l’Aumône (95). Benjamin fait partie de la communauté des Roms, lui vient de Roumanie. Tous les deux mois, il retourne en Roumanie avec sa famille car ses parents font construire une maison là-bas. Ils sont venus en France lorsque Benjamin était petit, et travaillent en faisant la manche à la sortie du RER. En effet, il est extrêmement difficile d’obtenir une autorisation de travail pour les Roumains et Bulgares (1). Quand la maison sera achevée, la famille a prévu de repartir. En Roumanie, les Roms ne vivent pas dans des caravanes.
Alina, 18 ans, est arrivée en France il y a deux ans avec son mari ferrailleur. Chaque matin, il part avec son camion et un ami pour récupérer de la ferraille qu’ils démembrent et revendent. « Avant cela marchait bien, maintenant c’est plus difficile », avoue Alina, car la récupération et la revente de ferraille a été fortement réglementée. Elle reste à la maison et s’occupe de son fils de 7 mois. Ils ont quitté la Roumanie pour des raisons économiques. Ils envoient de l’argent là-bas et essayent d’y retourner régulièrement. Alina a de la chance, elle s’entend bien avec sa voisine, elles se rendent des services, quand l’une va faire les courses, l’autre garde les enfants... Alina a été à l’école jusqu’à ses dix ans mais là, elle ne peut pas travailler, car elle ne bénéficie pas - comme tous les ressortissants roumains et bulgares - des dispositifs d’aide à la recherche d’emploi et d’apprentissage de la langue française. De plus, elle doit s’occuper de son fils. Mais elle souhaite que lui aille à l’école pour apprendre à lire.

Lamiitsa, 18 ans, est en France depuis quatre ans. Elle est venue avec son mari, ses beaux-parents. Elle a deux filles de deux et trois ans. Son mari est aussi ferrailleur et gagne environ 200 à 300 euros par mois. Elle refuse de mendier en ville avec les enfants. « Tant que cela marche, on restera ici ! », explique-t-elle. Sa famille lui manque, mais cela coûte cher de rentrer en Roumanie. Selon Alina, « c’est 50 euros pour l’aller et 100 euros pour le retour. Le trajet dure une journée et une nuit non-stop ». Lamiitsa voudrait apprendre le français : « mais où ? Et comment faire avec les enfants ? » Plus tard, elle aussi aimerait que ses filles aillent à l’école.
Laure Salamon
(1) Des mesures transitoires limitant considérablement l’accès des Roms marché du travail ont été prises par la France, lors de l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l’Union européenne, en 2007.
Les Roms font partie d’un peuple avec sa langue, son histoire… Souvent originaires d’Europe de l’Est (Roumanie, Bulgarie, Serbie…), ils viennent en France pour fuir les discriminations et trouver uen vie meilleure. Ils sont sédentaires dans leur pays d’origine mais en France, ils vivent dans des situations précaires, souvent dans des caravanes. Ils sont très visibles car on les voit souvent mendier dans les lieux publics (gares, transports en commun…), pourtant leur nombre ne dépasserait pas les 20 000 dont presque la moitié en région parisienne. Ils sont citoyens européens mais ne bénéficient pas des mêmes droits qu’un Allemand ou un Polonais pour circuler ou travailler en Europe. L’association comme ASAV92 lutte contre ces discriminations et les aide au quotidien dans les démarches administratives, de santé…
Les tsiganes sont des citoyens français qui ont souvent un mode de vie itinérant, ou même s’ils sont sédentarisés restent très attachés au mode de vie itinérant . On estime leur population entre 350 000 et 500 000 personnes, souvent catholiques ou protestants. Ils n’ont pas tout à fait les mêmes droits que les Français car à partir de 16 ans, chacun doit posséder un « carnet de circulation » émis par une commune de rattachement, souvent la ville dans laquelle ils s’installent pour l’hiver. Après obtention de ce carnet, il faut attendre trois ans pour obtenir le droit de vote. Il existe plusieurs types de carnet en fonction du métier exercé mais dans tous les cas, le carnet doit être validé tous les trois mois par les autorités.
La désignation de gens du voyage est une catégorie juridique du droit français concernant les personnes ayant un mode de vie itinérant et devant posséder un carnet de circulation délivré par les autorités françaises.
Pour en savoir plus :
Le dossier éducateur du CCFD-Terre solidaire "Roms, Gitans, Manouches, citoyens à part...entière !", réédité en 2010
Lien vers le collectif de soutien aux Roms migrants en France : http://www.romeurope.org/
Lien vers une présentation de l’association ASAV : http://www.fnasat.asso.fr/assoce/92...
Lien vers le site de la campagne du CCFD sur les roms, tziganes… http://www.a-part-entiere.org/
Lien vers l’association protestante Vie et Lumière : http://vieetlumiere.fr/Vie_et_Lumie...